Les indices restent haussiers aux US, malgré l’accueil mitigé du marché face aux résultats des GAFAM et aux actions protectionnistes de l’administration Trump. Les menaces protectionnistes américaines sont jusqu’ici mesurées et semblent surtout destinées à constituer des conditions de négociations politiques favorables, notamment dans un but de ré-industrialisation des USA et d’y attirer de très importants investissements directs étrangers.
Les marchés financiers
- Les résultats de Microsoft, Alphabet / Google et Amazon (pour mémoire, les revenus d’Amazon sont nettement plus importants dans le cloud que ceux issus de l’e-commerce) ont légèrement déçu dans le segment cloud malgré des taux de croissance élevés, mais limités par des contraintes de capacités face à une demande croissante.
- C’est cette demande croissante, tirée par le déploiement de l’IA dans les entreprises et chez les particuliers, qui pousse les GAFAM à investir massivement dans les infrastructures et datacenters. Pour l’instant, l’arrivée de DeepSeek surprend plus par son origine (Chine) que par l’apparition de gains de productivité dans l’IA, finalement considérés comme un phénomène naturel (scaling law, loi de proportionnalité) dans tout changement de paradigme technologique.
- Les investissements massifs se justifient selon les GAFAM par l’asymétrie de performance obtenue en fonction du nombre et de la puissance des GPU utilisés. Ainsi DeepSeek R1 serait un modèle d’optimisation (à confirmer) basé sur les technologies précédentes et avant le durcissement des restrictions américaines qui rendent de moins en moins disponibles les GPU nécessaires aux modèles d’optimisation de coûts. Dans ce cas, il sera donc difficile pour les Chinois de rester dans la course, faute d’accès aux plus récents GPU américains.
- A court terme, les fournisseurs d’infrastructure et de semiconducteurs ne devraient connaître aucune répercussion négative. Pour autant, le haut du cycle des dépenses des GAFAM pourrait se produire vers 2026-27, tandis que le marché de masse prendrait ensuite le relais.
- Les GAFAM voient leur perspective de croissance des bénéfices ralentir en 2025. Ils ne sont globalement plus un moteur du marché depuis le début de l’année, avec des performance négatives pour 5 des « 7 magnifiques » (GAFAM + Netflix + Tesla), et positives seulement pour Amazon et Meta / Facebook.
- C’est le secteur des Logiciels (voir focus secteur dans la newsletter de mardi dernier) qui a repris le leadership au sein du compartiment technologique US, grâce aux valeurs IA comme Palantir et à la thématique de la cybersécurité après les bons résultats de Fortinet.
- Dans le contexte actuel d’affaiblissement des grandes capitalisations, les indices semblent plus vulnérables aux mauvaises nouvelles sur l’inflation. Pour mémoire en décembre, après des données d’inflation moins favorables que prévu (en particulier un PPI supérieur aux attentes), la participation des titres et des secteurs au momentum haussier a fortement chuté, mais les indices ont plutôt bien résisté, soutenus par les GAFAM. Les données du CPI (évolution des prix à la consommation) de janvier publiés demain et du PPI (évolution des prix à la production) jeudi seront importantes pour la tendance à court terme des indices.
- Les menaces protectionnistes américaines sont jusqu’ici mesurées et semblent surtout destinées à constituer des conditions de négociations favorables, notamment dans un but de réindustrialisation du pays.
- La réponse de la Chine aux 10% de droits de douane a été plutôt modérée, ciblant Alphabet / Google qui n’a plus d’activité en Chine et des secteurs peu sensibles comme l’Energie (contrairement aux importations de soja). Au global, personne ne semble vraiment intéressé par une guerre commerciale qui ne ferait que des perdants.
- L’impact des actions de D. Trump pourrait donc s’avérer limité sur l’économie. C’est ce que semble indiquer le marché obligataire qui reste très stable, avec un rendement à 10 ans autour des 4.5% (en cas de crainte inflationniste chez les opérateurs, les rendements obligataires seraient repartis à la hausse comme ce fut le cas juste avant l’investiture à la mi-janvier).
- Coté emploi US, les récentes données sont assez contradictoires avec des créations plus basses que prévu -143K contre 170K attendu- et un taux de chômage en baisse à 4% contre 4.1%.
- Au niveau des valorisations des marchés, le PER du Nasdaq à 28x les bénéfices de 2025 n’a rien de choquant pour une croissance des BPA (bénéfices par action) de +19% même s’il a pris un eu d’avance (historiquement la valorisation du Nasdaq est autour de 25x les résultats de l’année en cours en début d’année et 30x en fin d’année pour 20% de croissance).
Secteurs / Thématiques
- Si l’inflation se stabilise ou régresse, les secteurs liés aux taux longs comme l’Immobilier, la Construction, les Utilities, les Télécoms et les Small caps (valeurs moyennes) repartiront de l’avant et soutiendront la tendance haussière de l’indice. Dans le cas contraire, ces secteurs seront pénalisés et il est moins probable que les GAFAM suffiront à stabiliser les indices. Une correction pourrait alors se produire à cette occasion.
- La surperformance du Stoxx 600 vs. le S&P500 est liée à la très bonne tenue des valeurs financières (Banques, Assurances, Services Financiers). En particulier des Banques qui continuent d’améliorer leur structure de coûts, voient leurs marges augmenter grâce à des taux longs plus élevés, sans que les coûts du risque n’augmentent (chômage et défaillances d’entreprises demeurent à un niveau modéré à l’échelle de l’Europe).
- Ces valeurs malgré leur hausse restent « value » (faible valorisation) avec des PER de 7 ou 8x les bénéfices attendus, des dividendes de 7% et sans exposition particulière aux droits de douane ni aux thématiques de croissance. Cette tendance pourrait se poursuivre sauf si une récession devait survenir en zone Euro, ce qui n’est pas d’actualité.
- La situation politique en France se stabilise, ce qui a permis aux banques françaises de repasser en signal Achat moyen terme dans la plateforme Phiadvisor après de solides résultats.
- Deux autres secteurs portent la tendance en Europe, l’Aéronautique & Défense ainsi que les Biens d’équipements qui bénéficient de tendances lourdes que ce soit à travers le réarmement de l’Europe ou l’optimisation de l’énergie (impact de l’IA favorisant des valeurs spécialisées dans l’électrification des réseaux comme Schneider Electric). De plus, le Luxe se retourne progressivement à la hausse.
En synthèse
La baisse de l’Euro et des taux directeurs avantage l’Europe pour l’instant. Les prochaines actions protectionnistes de D. Trump pourraient concerner, en premier lieu, le secteur Automobile et l’Agroalimentaire & Boissons, notamment les acteurs dans le segment Vins & Spiritueux.
Sur la base des derniers indicateurs macro-économiques US, il n’y a pas de nouvelle vague d’inflation ni de récession. Nous considérons donc que la poursuite de la tendance haussière sur les indices US est liée à la poursuite de la désinflation, ce qui permettra à de nombreux secteurs de participer au mouvement haussier.