Venezuela, Iran : une stratégie américaine visant indirectement la Chine ?

06 mars 2026
9 min de lecture

Les actions militaires et économiques menées par les États-Unis en janvier et mars 2026 – capture du président Nicolás Maduro au Venezuela (opération Absolute Resolve, 3 janvier) et frappes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran (opération Epic Fury, fin février-début mars) – ont été présentées comme des opérations visant à neutraliser des régimes hostiles et à sécuriser les flux énergétiques mondiaux. Une analyse géopolitique approfondie révèle cependant un objectif stratégique plus large : affaiblir la position de la Chine, principal bénéficiaire économique et partenaire géostratégique de ces deux pays. Cette offensive indirecte touche à la fois les approvisionnements pétroliers, les alliances militaires et les Routes de la Soie (l’initiative chinoise visant à développer des corridors commerciaux et infrastructures mondiaux).

1. L’angle économique : priver la Chine de pétrole à prix réduit

La Chine, premier importateur mondial de pétrole brut, dépendait fortement de livraisons bon marché en provenance d’Iran et du Venezuela. Selon les données de 2025-2026, Pékin absorbait plus de 80 % des exportations maritimes iraniennes (environ 1 à 1,6 million de barils par jour, soit 13 % de ses importations totales) et une part significative du pétrole vénézuélien, souvent via des circuits dits « fantômes » pour contourner les sanctions. Ces barils étaient acquis à des décotes importantes, alimentant les raffineries indépendantes chinoises et contribuant à la compétitivité industrielle de la Chine.

Les mesures américaines ont directement rompu cet avantage :

  • Au Venezuela, après la capture de Maduro, Washington a pris le contrôle des ventes et des revenus pétroliers via le Trésor américain. Les flux vers la Chine ont été redirigés ou bloqués, et les sanctions ont été partiellement levées uniquement au profit d’entreprises occidentales. Les prêts chinois (estimés entre 10 et 19 milliards de dollars, remboursés en pétrole) sont ainsi compromis.
  • En Iran, les frappes ont perturbé les exportations et, combinées à l’annulation par Lloyd’s of London des couvertures d’assurance guerre dans le détroit d’Ormuz, ont ralenti le trafic maritime. Le président Trump a réagi en ordonnant à la Marine américaine d’escorter les navires-citernes et à la United States Development Finance Corporation de fournir une assurance alternative – une prise de contrôle effective du goulet d’étranglement énergétique.

Résultat : la Chine perd un approvisionnement à bas coût et doit se tourner vers des sources plus onéreuses, augmentant ses coûts énergétiques et érodant sa marge compétitive. Plusieurs analyses qualifient explicitement ces actions de « coup porté là où cela fait mal à la Chine ».

2. L’angle militaire : affaiblir les partenaires de l’« axe du chaos »

L’Iran et le Venezuela ne sont pas seulement des fournisseurs d’énergie ; ils constituent des maillons clés dans le réseau d’alliances que la Chine entretient pour contrer l’influence américaine. Téhéran est membre des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai ; Caracas sert de tête de pont en Amérique latine. Ensemble, ils forment, selon certains observateurs américains, un « axe du chaos » (Chine-Russie-Iran-Corée du Nord) destiné à disperser les ressources stratégiques des États-Unis.

En neutralisant les dirigeants (Maduro capturé, Ayatollah Khamenei éliminé dans certains rapports) et en dégradant les capacités militaires iraniennes (nucléaire, missiles, groupes armés alliés), Washington réduit la capacité de nuisance de ces acteurs sans engager directement un conflit avec Pékin ou Moscou. La Chine, qui a investi des milliards dans des partenariats stratégiques (accord de 25 ans et 400 milliards de dollars avec l’Iran en 2021), voit ainsi ses alliés affaiblis et sa crédibilité comme protecteur diminuée. Pékin a condamné ces interventions, mais sa réponse reste mesurée – pragmatisme dicté par la priorité accordée à la stabilité des relations avec Washington.

3. L’angle des Routes de la Soie : rompre les corridors chinois

Les Routes de la Soie constituent le cœur de la stratégie d’influence globale de la Chine. L’Iran est un nœud essentiel : les corridors terrestres (via le Pakistan et l’Asie centrale) permettent de contourner le détroit de Malacca, vulnérable en cas de conflit. Des investissements massifs portent sur les ports, les oléoducs et les infrastructures pétrochimiques. Au Venezuela, les prêts chinois étaient gagés sur le pétrole et visaient à sécuriser une présence durable en Amérique latine.

Les opérations américaines menacent directement ces projets :

  • En Iran, l’instabilité compromet l’intégration de Téhéran dans les Routes de la Soie et expose les investissements chinois à des risques accrus.
  • Au Venezuela, la reprise en main du secteur pétrolier par les États-Unis écarte les entreprises chinoises des contrats d’exploration et des flux commerciaux.

Ces perturbations visent, au-delà du régime iranien, à restaurer la suprématie américaine face à l’expansion chinoise, en isolant Pékin de ses partenaires énergétiques et logistiques.

4. Un changement majeur de contrôle des océans : de la Couronne britannique aux États-Unis

Le fait que les États-Unis proposent désormais, via la United States Development Finance Corporation, une assurance risque politique à prix raisonnable pour tous les navires transitant par le Golfe (et que la Marine américaine escorte les navires-citernes si nécessaire) marque un tournant historique. Pendant trois siècles, Lloyd’s of London – lié à la Couronne britannique et instrument de contrôle du commerce maritime mondial – a servi de « gardien » pour les assurances guerre, notamment dans des zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz. En remplaçant cette couverture privée par un mécanisme fédéral américain (après l’annonce de Lloyd’s de suspendre les polices en raison des risques), Trump brise ce monopole impérial britannique. Cela transfère de facto le contrôle des routes océaniques critiques des mains britanniques vers les États-Unis, renforçant la suprématie américaine sur les flux énergétiques mondiaux – au détriment des intérêts chinois qui dépendent de ces mêmes routes sécurisées.

Conclusion : une stratégie de « containment » indirect mais systématique

Les événements du Venezuela et de l’Iran ne relèvent pas d’une politique isolée de « changement de régime ». Ils s’inscrivent dans une logique plus large de « containment » de la montée en puissance chinoise, en privant Pékin de ressources énergétiques bon marché, en affaiblissant ses alliés militaires et en perturbant les corridors des Routes de la Soie. La Chine, forte de ses réserves stratégiques (plus d’un milliard de barils) et de son accélération vers les énergies renouvelables, absorbe le choc à court terme. À plus long terme, cependant, ces perturbations renforcent la détermination de Pékin à diversifier ses approvisionnements et à sécuriser ses routes alternatives.

Cette séquence géopolitique illustre la persistance d’une rivalité stratégique sino-américaine qui dépasse largement le Moyen-Orient et l’Amérique latine. Elle rappelle que, dans le grand jeu énergétique et infrastructurel du XXIe siècle, les frappes militaires peuvent aussi viser, en filigrane, les ambitions d’une superpuissance émergente.

Nos portefeuilles :

Toute la question demeure celle de la durée du conflit en Iran, que nous surveillons attentivement. Lorsque la guerre éclate, les marchés cessent temporairement de raisonner pour réagir de manière immédiate. C’est précisément ce que nous observons depuis le début du conflit en Iran : un mouvement de stupeur initial, suivi d’une baisse mécanique et auto-entretenue, sans lien nécessaire avec une dégradation économique réelle. En outre, les marchés entraient dans ce choc avec un positionnement relativement complaisant. Lorsque le stress survient, les couvertures des investisseurs se déclenchent en cascade, entraînant parfois des mouvements qui dépassent ou inversent les fondamentaux : par exemple, le dollar retrouve temporairement son statut de valeur refuge, à l’inverse de tous les fondamentaux en oeuvre depuis plus d’un an.

Cette dynamique mécanique et finalement auto-entretenue des marchés, et non une détérioration économique sous-jacente pour l’instant, explique l’essentiel de la correction observée.

Puis, les fondamentaux reprendront le dessus.

Dès lundi 2 mars 2026, le président Trump a ordonné à la United States Development Finance Corporation d’assurer les routes maritimes du Golfe et annoncé que la Marine américaine escorterait les navires-citernes dans le détroit d’Ormuz si nécessaire. Ce signal fort sur la continuité des flux énergétiques mondiaux a permis au pétrole et au gaz de cesser de s’envoler, pour l’instant.

Par ailleurs, les données économiques américaines publiées hier ont surpris positivement : l’indice des prix a atteint son plus bas depuis près d’un an, le Nasdaq 100 a rebondi de +1,7 %, le S&P 500 de +0,9 %, et le secteur des services a progressé à son rythme le plus rapide depuis mi-2022. Goldman Sachs le souligne clairement : « La solidité économique et la robustesse des résultats des entreprises limiteront l’ampleur du repli. »

Nous n’avons pour l’instant pas modifié nos portefeuilles, en anticipant, sauf aggravation du conflit, un retour aux fondamentaux qui pourrait être tout aussi spectaculaire.


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